Les couleurs retrouvées des tapisseries fines d’Aubusson (XVIIIe s.)
Conception, production, caractérisation, altération et conservation
La question de la matérialité de la tapisserie reste encore trop peu abordée quoique nombre de publications montrent ponctuellement comment la physique et la chimie peuvent contribuer à la connaissance des matériaux utilisés dans la fabrication des tapisseries. Ce projet pluridisciplinaire (histoire, histoire de l’art, conservation, restauration, analyse physico-chimique, restitution) représente une nouveauté en matière de recherche expérimentale dans le domaine de la tapisserie. Il nécessite de développer une méthodologie spécifique pour l’étude, notamment de tapisseries du 18e siècle conservées à la Cité Internationale d’Aubusson. Ce projet s’appuie sur l’expérience acquise au cours des dernières années sur l’analyse non invasive de pigments et colorants, ayant conduit à la constitution d’une base de données analytique sur différents supports (peintures murales, de chevalet, enluminures, estampes…). Le croisement des données physiques avec les données historiques, contribuera à la connaissance des techniques et matériaux, à l’histoire de l’art, aux diagnostics de conservation des collections.
Ce projet s’articule autour de cinq principaux axes de recherche :
- L’approche historique permettra d’étudier la tapisserie dite fine (de haute qualité) afin de la replacer dans un contexte plus large en France et en Europe, notamment en traitant la question du paysage, de la faune, de la flore, de son rapport avec la peinture et sur l’usage des colorants.
- Les sources écrites et les analyses physico-chimiques donneront des informations sur les colorants et mordants employés mais aussi, indirectement, sur l’histoire économique et sociale (recherche de provenance des divers matériaux) et sur les techniques de la teinture.
- Pour l’étude des colorants, une méthodologie spécifique sera établie en privilégiant au maximum les méthodes non invasives et portables développées jusqu’alors afin d’étudier les œuvres in situ. Un travail de recherche méthodologique en laboratoire sera mené en parallèle sur des nuanciers modèles, afin de valider les avantages et limites des méthodes, de construire la base de données analytique de référence pour chacune des méthodes dans le but de traiter les résultats obtenus in situ sur les tapisseries anciennes.
- Une étude du vieillissement des colorants sera entreprise afin de comprendre le phénomène de décoloration, de la mesurer par comparaison avec des colorants neufs (échantillons modèles) reproduits selon les techniques anciennes et de l’expliquer.
- Enfin, l’ensemble des résultats serviront à proposer une restitution virtuelle des couleurs d’origine, en fonction des résultats des analyses physico-chimiques du point 4, ce qui offrira un nouveau regard sur ces tapisseries qui sont le reflet du gout du 18e s.
Une allocation doctorale a été financée par la Région Nouvelle Aquitaine et attribuée à Hortense de La Codre.
Partenaires :
- Archéosciences Bordeaux (UMR 6034) ;
- Centre François-Georges Pariset (EA 538 UBM) ;
- Institut des Sciences Moléculaires (UMR 5255 ISM) ;
- Cité internationale de la tapisserie ;
- CBMN-IECB Chimie et Biologie des Membranes et des Nano-objets-Institut Européen de Chimie et Biologie ;
- Charlotte Marembert, maitre teinturier Bruxelles.
Publié le 1er janvier 2019 , mis à jour le 16 janvier 2025.