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Migrations, mobilités, innovations : Interpréter les changements du Néolithique à l’Age du Bronze (Sud Caucase, Nord Iran)

Le "mode de vie néolithique" est apparu dans le Caucase vers 6200 av. n.e., ce qui est assez tardif au vu des étapes remarquables franchies par les cultures du Proche-Orient voisin dès le 9e millénaire av. n.e. L’existence de liens organiques entre les processus de Néolithisation du Proche-Orient et ceux du Caucase fait toujours l’objet de débats mais le Caucase apparaît sans aucun doute comme une zone marginale, largement exclue des dynamiques qui ont façonné l’Asie du Sud-ouest au début de l’Holocène. Au cours de la période suivante, à savoir le Chalcolithique, ces dynamiques paraissent se modifier entièrement et l’Asie du Sud-ouest voit son centre de gravité se déplacer progressivement. Vers les 5e-4e millénaires av. n.e., un changement dans les flux de circulation apparait dans les stratégies d’approvisionnement en obsidienne des communautés iraniennes et nord-mésopotamiennes, qui se tournent désormais aussi vers les gisements du Caucase au lieu de se limiter à ceux d’Anatolie orientale. Cette transformation des réseaux d’approvisionnement en obsidienne est contemporaine de l’essor d’innovations techniques majeures, telle la métallurgie du cuivre extractive et la production de tissus en laine : ces innovations ont conduit à l’exploitation systématique d’un nouvel ensemble de matières premières (sel et minerais métallifères) et probablement aussi à l’investissement de nouveaux territoires : les Hautes Terres. Quoi qu’il en soit, il semblerait que la Transcaucasie soit devenue une source d’attraction majeure pour des groupes humains vivant en Iran, Nord-Mésopotamie et alentours à partir du Chalcolithique Récent (ca. 4500 av. n.e.), comme le révèle le grand nombre de sites datés du Chalcolithique et du Bronze Ancien récemment découverts dans les bassins de l’Araxe et d’Urmieh.

Comment ces changements profonds, structuraux, doivent-il être interprétés ? L’explication qui saute à l’esprit est bien sûr que la restructuration majeure des flux économiques est liée à ces innovations techniques. Il nous faut maintenant tester cette hypothèse en analysant les imbrications entre développement des innovations, quête des matières premières et émergence d’autres pratiques, telles que le pastoralisme vertical ou le nomadisme à longue distance.

En effet, ces innovations, qui peuvent être techniques ou zootechniques, ont peut-être provoqué la migration ou la mobilité renforcée de groupes humains vivant au Proche et Moyen Orient. Mais les processus sous-jacents aux changements de flux économiques sont encore très mal connus, tandis que la réalité de migrations humaines depuis le Proche-Orient vers le Caucase au cours du 4e millénaire est fortement contestée. Tout compte fait, c’est l’agency des communautés protohistoriques caucasiennes qui fait débat, entre une approche Mésopotamo-centrée, qui considère les Hautes Terres comme une simple source de matières premières pour les populations des Basses Terres, et une analyse qui situe le Caucase au carrefour des dynamiques complexes du Sud-ouest asiatique protohistorique, entre Proche et Moyen-Orient, univers pontique et steppes septentrionales.

Ce projet se situe donc au coeur de recherches internationales en cours sur :

  1. les processus de Néolithisation du Caucase ;
  2. les interactions entre le Caucase et le Proche et Moyen-Orient du Néolithique à l’Âge du Bronze.

Au vu de l’état de la recherche, nos objectifs sont les suivants :

  1. étude du Caucase néolithique dans le bassin de l’Araxe, avec un accent mis sur les possibles liens existant avec le Croissant Fertile ;
  2. étude des réseaux économiques interrégionaux du Néolithique à l’âge du Bronze, en relation avec l’émergence de nouveaux centres économiques ;
  3. étude de la mosaïque humaine qui se développe dans les Hautes Terres au cours du 4e millénaire av. n.e., afin d’identifier les différents groupes humains impliqués dans ce qui ressemble à une "ruée vers le cuivre".

Coordinatrice du projet : Catherine Marro (UMR 5133 Archéorient).

Partenaires Archéosciences Bordeaux : Le Bourdonnec, François-Xavier, Ben Amara, Ayed, Frerebeau, Nicolas.

Projet financé par l’ANR (2020-2024).

Publié le 1er janvier 2022 , mis à jour le 11 mars 2024.