LabEx Sciences Archéologiques de Bordeaux
Le LaScArBx est un projet de recherche financé de 2012 à 2021 dans le cadre du programme Investissement d’Avenir. Ce projet associe 3 unités mixtes de recherche du CNRS, de l’Université Bordeaux Montaigne (Archéosciences Bordeaux et Ausonius) et de l’Université de Bordeaux (PACEA), œuvrant dans le champ de l’archéologie et réunissant une palette de compétences unique en France.
L’usage du monde par les sociétés anciennes : processus et formes d’appropriation de l’espace sur le temps long
La thématique de recherche retenue pour le LaScArBx s’intitule « L’usage du monde par les sociétés anciennes : processus et formes d’appropriation de l’espace sur le temps long ». Cette focalisation sur la notion d’espace n’est pas en elle-même originale (l’archéologie consiste toujours à étudier les façons dont les sociétés du passé ont interagi avec leurs environnements, naturels ou culturels, ainsi que les conséquences de ces interactions).
En revanche, l’amplitude chronologique du sujet (de la Préhistoire au Moyen Âge, voire au-delà pour certains aspects), son extension spatiale (sur plusieurs continents), la diversité et la complémentarité des disciplines et des compétences mises en œuvre pour l’aborder dans sa globalité constituent, pensons-nous, les points forts spécifiques de ce projet : l’espace est ici entendu dans toutes ses acceptions (environnement, milieu, territoire), appréhendé sur le temps long (dans certains cas sur plusieurs dizaines de millénaires) et à travers la diversité de ses interactions avec l’homme, elles-mêmes documentées par toute la palette des sciences archéologiques.
Cette thématique est déclinée selon trois Axes, qui concernent tous le rapport de l’homme à l’espace qui l’entoure, et en particulier les différents processus d’appropriation de cet espace développés par les sociétés anciennes :
- Peuplements et territoires ;
- Exploiter, innover, échanger ;
- Expressions du symbolique et espaces de la mémoire.
La collaboration entre les équipes de LaScArBx représente l’opportunité de développer des méthodes de datation, des outils numériques et d’imagerie 3D pour les sciences historiques et préhistoriques et d’intégrer de nouvelles méthodologies.
Peuplements et territoires
Tout phénomène de peuplement peut être considéré comme le résultat d’une interaction entre des facteurs biologiques et environnementaux et des choix culturels. Bien que cette formule ait l’allure d’un truisme, rares cependant sont les recherches actuellement menées dans le champ de l’archéologie qui prennent réellement en compte cette pluralité de facteurs.
La question des peuplements ne se pose pas toujours dans les mêmes termes en Préhistoire et pour les périodes historiques : les préhistoriens l’abordent principalement en termes d’interactions homme-environnement, de variabilité biologique et de production culturelle, alors que les historiens s’intéressent avant tout aux espaces socialisés et politisés. Pour dépasser cette dichotomie, le LabEx se propose d’aborder de manière globale les peuplements humains, en prenant en compte à la fois milieux physiques, diversité humaine et biologique, peuplement animal, cultures matérielles, structures sociales et politiques des sociétés complexes.
L’objectif est de comprendre les mécanismes qui, selon les époques et les populations concernées, ont déterminé l’expansion ou la contraction des populations humaines, la colonisation de nouveaux territoires ou l’abandon de ces derniers, les phénomènes d’extinction, de migration, de remplacement, d’assimilation, d’acculturation, de métissage, d’intégration et de contrôle du territoire. Pour ce faire, nous allons documenter, dater et caractériser par des approches théoriques et analytiques innovantes des épisodes de peuplement qui ont joué un rôle-clé dans l’histoire de la lignée humaine et de notre espèce et dans celle des civilisations européennes. Cette enquête sera menée, selon les époques, à l’échelle pluri-continentale, européenne ou régionale.
Exploiter, innover, échanger
Il s’agit ici d’étudier les modalités d’exploitation des ressources naturelles par les sociétés préhistoriques et historiques selon trois points de vue : technique, économique et culturel. La recherche, l’acquisition et la transformation des matières premières induisent au fil du temps différents moments de spécialisation plus ou moins forte des activités, ainsi que l’émergence d’innovations techniques. Ces choix dépendent en partie, en amont, des ressources environnementales et peuvent déboucher sur la mise en place de réseaux d’échanges, lesquels véhiculent non seulement des objets et des biens matériels mais aussi des idées.
Cette vision irénique doit cependant être nuancée : l’exploitation des matières premières, dont dépendait la survie des groupes humains, s’est très rapidement chargée d’enjeux de puissance, qu’on ne peut que supposer pour la Préhistoire, mais qui, pour les périodes historiques, avec l’apparition des grands États méditerranéens, constituent une donnée fondamentale de l’analyse, particulièrement bien documentée, si l’on songe, par exemple, à la conquête carthaginoise des mines de la péninsule Ibérique, à la conquête romaine de cette même péninsule ou celle des ressources minières de l’Aquitaine orientale.
Expressions du symbolique et espaces de la mémoire
L’objectif de cet axe est d’étudier un troisième mode d’appropriation de l’espace par les sociétés anciennes, qui relève quant à lui presque exclusivement de la sphère culturelle et de ce qu’on appelle communément la "pensée symbolique" : il s’agit d’étudier un certain nombre d’espaces (matériels et immatériels) qui ont été investis par l’homme d’une fonction mémorielle, que ces "espaces de la mémoire" aient été conçus et créés comme tels par les populations du passé ou qu’ils soient perçus et valorisés comme tels par les modernes. Le périmètre scientifique du Labex, qui associe préhistoriens, historiens et anthropologues, nous a conduits à centrer cette recherche sur trois études de cas, qui pourraient constituer autant de contributions à une histoire de la mémoire humaine.